convainquit en même temps qu’elles étaient complètement entourées: « elles n’en travaillèrent qu’avec plus d’ardeur », commentera le Commandant Cassou dans « La vérité sur le siège de Maubeuge ».

4. Une version corrigée de la mort du prince de Saxe Meiningen

           En 1981, parut une nouvelle histoire de Maubeuge pendant la grande guerre.  Nous avons été étonnés d’y découvrir une version très différente de la tragique aventure  du prince. L’auteur écrit... « Le docteur Pierre CULOT avec un de ses infirmiers, était allé se rendre compte du côté de Quévy, de l’engagement (entre une colonne d’infanterie française et un escadron allemand). L’infirmier avait pris un fusil, en infraction aux accords internationaux de Genève sur la Croix-Rouge. Etant sur la route de Mons, ils virent sortir du bois deux cavaliers, c’étaient des Allemands.  Dans un geste presque instinctif, l’infirmier tira et les deux allemands tombèrent, à ce moment arrivait la patrouille française, qui les ramassa [...]. Le prince mourut, l’autre allemand avait une balle dans le bas du dos, car au premier coup de feu, il avait fait demi-tour »…

5. Et pour brouiller les cartes, un 2e prince de Saxe Meiningen tué en  août 1914.

Avec la lecture des versions françaises consacrées à la « tragique aventure », nous avions une réponse partielle à nos questions: nous découvrions l’homme, le lieu approximatif de l’engagement et ses circonstances. Mais cela ne nous satisfaisait pas entièrement. Cela nous paraissait même trop clair: le « neveu » de l’empereur, deux ou trois coups de feu. Tout semblait si simple. S’agissait-il d’un guet-apens? Et comment expliquer qu’un prince appartenant à une lignée célèbre fut abandonné à son sort sans que ses compagnons ne tentent au moins de lui porter secours? Ces questions restaient sans réponse. Pire, pour compliquer à souhait notre recherche, au détour d’un rayon de bibliothèque, nous découvrons, en feuilletant un ouvrage d’histoire consacré à la guerre 14-18 dans la région de Charleroi un chapitre intitulé: « le prince de Saxe Meiningen ».  Notre surprise fut grande: était-il possible que le jeune prince se soit « distingué » lors de la bataille de Charleroi? La réponse nous fut rapidement donnée: en réalité, il s’agissait du prince Frédéric de Saxe Meiningen, âgé de 52 ans, tué le 23 août 1914 au sud de Charleroi.  Nous apprîmes plus tard qu’il s’agissait du père du jeune prince tué à Havay 3 jours plus tard

6. La version allemande de l’incident

C’est en désespoir de cause que nous nous apprêtions à refermer ce dossier lorsque l’idée nous vint de nous tourner vers l’histoire des régiments allemands qui traversèrent notre région en août 1914. Un ouvrage relatant les pérégrinations du régiment du prince de Saxe Meiningen et l’accrochage d’Havay devait bien exister quelque part. Sans doute, mais à quel régiment appartenait le « neveu » de l’empereur?  Reprenant le problème au point de départ, nous relisons le journal de bord des Frères du pensionnat de Givry et consultons le relevé des blessés allemands soignés au pensionnat. Qu’y lisons- nous? ... Que le seul blessé allemand mentionné et dont le régiment est connu s’appelle Oscar Banäesch, appartenant au 16e Dragon, blessé le 26 août (le jour même où eut lieu l’accrochage d’Havay).

Mais, mettre la main sur l’histoire de ce régiment et que le soldat Banäesch et le prince de Saxe Meiningen appartiennent au même régiment relevaient d’une gageure. Et pourtant! Quel ne fut pas notre surprise de découvrir aux Archives du Musée de la Guerre à Bruxelles un ouvrage intitulé « Das 2. hannoversche Dragoner-Regiment Nr 16 im  Weltkriege 1914-1918 ». Imaginez notre joie lorsque nous y lisons à la page 58:

£f. Ernft   Prinz von Sacbfen - Meîningen (5. Esk.) nach höne 130 weftlich Bonnet. (= Sous-lieutenant Ernst prince de Saxe Meiningen - 5e escadron -vers une élévation à 130 m d’altitude à l’ouest de Bonnet).

La richesse des détails  de  la  version  allemande du « destin tragique »du prince Ernst de Saxe Meiningen y est telle que nous avons préféré en livrer la traduction  in extenso.    Son intérêt est également de nous faire vivre les inquiétudes, les  angoisses  d’une  troupe d’envahisseurs,  de  sinistre réputation,  sous  un  angle inhabituel: celui de cet envahisseur! Mais lisons plutôt…

7. Le 25 août: un repos bien mérité à Genly…

Après avoir reçu un ordre de mission leur enjoignant notamment [...]  de  vérifier  si  des forces ennemies (les français) ne sortaient pas de la place forte de   Maubeuge,   ils   installent leur bivouac à Genly le 25, espérant goûter un peu de  calme [...1.  Ainsi le   régiment semblait être parfaitement en sécurité (à Genly) d’autant plus que grâce à  l’avancée de nos troupes  (les  allemands),  une   sortie des assiégés de Maubeuge  vers  le nord était improbable. Les escadrons après la tension des derniers jours pouvaient s’occuper des chevaux et penser à se reposer un peu. Le soir du 25, trois patrouilles quittent le camp (de Genly) avec mission de surveiller la zone frontière (cf. plan ci-dessus) entre Givry et Aulnois: la première patrouille marche sur Aulnois, la 2e sur Givry et le Bois d’Aveau, la 3e commandée par le prince Ernst de Saxe-Meiningen, sous-lieutenant au 3e escadron, vers une hauteur à 130 m d’altitude à l’ouest de Bonnet à Havay! » (Ces patrouilles sont composées de 6 à 8 dragons à cheval).

8. Le 26 août à 10 h: vent de panique au bivouac de Genly

Au bivouac de Genly, le repos sera de courte durée: la soirée du 25 et la nuit du 25 au 26.  De la matinée du 26, les anciens du régiment se souviennent... Vers 10 h du matin, une sentinelle signale un cavalier qui se dirige vers notre camp. C’est une estafette du prince de Meiningen! Il descend précipitamment de son cheval à proximité de la tente du commandant et aussitôt crie tout en courant d’escadron en escadron: le prince est tombé à l’ennemi! D’importantes forces ennemies approchent! Aussitôt, c’est le branle-bas de combat, tout est prêt en un éclair. Ce qui est superflu est laissé sur place.  Le camp est abandonné et le régiment de dragons disparaît dans un nuage de poussières.

Ce qui inquiète avant tout le régiment parti du bivouac à bride abattue, ce n’est pas le sort du prince de Saxe Meiningen à la recherche de qui on pourrait les croire tous lancés mais bien l’attaque éventuelle des français. Et l’auteur de commenter et de poursuivre... « Cette attaque n’était pas vraisemblable. Par contre, ce qui était certain, c’est que les français avaient fait une sortie vers le nord (soit de Maubeuge dans la direction d’Havay). Rapidement, on retrouva nos patrouilles. Celles-ci ainsi que le sous-lieutenant Rosenberg qui avait fait une rapide reconnaissance apportèrent des éclaircissements qui

DRAGON

Soldat de cavalerie qui pouvait combattre à pied. Les dragons étaient capables de mouvements rapides leur permettant de s’emparer de passages, de couvrir les intervalles de bataillons. On a surtout retenu des dragons la longue lance dont ils étaient munis.

ESCADRON ALLEMAND DE 1914

 

Unité tactique et administrative de la cavalerie constituée de 150 cavaliers. Trois ou quatre escadrons constituaient un régiment