UN MYSTERE ECLAIRCI: LA FIN TRAGIQUE DU « NEVEU »

DE L’EMPEREUR GUILLAUME II A HAVAY LE 26 AOUT 1914

(Article paru dans la revue N° 1 du Cercle des Dix Clochers)

Par Michel BAUFFE

 

 

 

 

 

 

1. Un incident d’importance

           4 août 1914: les armées de Guillaume II empereur d’Allemagne pénètrent en Belgique. Le 21 août, elles sont aux portes de Charleroi; le 23, aux portes de Mons. Le 24, c’est la bataille de Mons. Le 25 août, Maubeuge protégée par un chapelet de forts est investie.

           Entre Mons et Maubeuge, les villages belges d’Aulnois, Goegnies-Chaussée, Quévy-le-Grand, Quévy-le-Petit, Havay et Givry connaissent les 25 et 26 août une étrange atmosphère de calme et de peur. De ce “no man’s land”,les Anglais se retirent en bon ordre le 25 août en direction de Bavay. Ceux-ci à peine disparus, des patrouilles allemandes traversent les villages et tentent de localiser les troupes françaises assiégées. A force de chercher, elles les trouvent mais parfois là où elles s’y attendaient le moins. C’est alors l’affrontement bref et brutal. Ainsi le 26 août verra le hameau de Bonnet à Havay, au carrefour de la chaussée Brunehaut et de la route Mons-Maubeuge, être le théâtre d’un engagement qui, si un de ses acteurs n’avait porté un titre princier, serait probablement passé inaperçu.

           Cet incident provoqua un tel remue-ménage chez les assiégés français, chez les assiégeants allemands et dans les villages proches, qu’il se trouva des témoins directs et indirects pour prendre la plume ou la parole et conter l’incident qu’ils avaient vécu ou dont ils avaient eu des échos.

 

2. Une alerte inutile à Givry

           Givry le 26 août: le village se remet des émotions des jours précédents. Dans le pensionnat des Frères des écoles chrétiennes transformé en ambulance (voir ci-contre), des blessés anglais et allemands reçoivent les premiers soins. Vers 11 h 30 des cavaliers allemands sont aperçus à la chapelle Notre-Dame de Pitié. En fin de journée, le village est occupé. Tard le soir  un[…] officier allemand Skrbensky, ex-secrétaire d’ambassade près le Saint-Siège […] accompagné  de sous-ordres vint à l’ambulance dans un but visiblement intéressé. II sollicitait des Frères un service qui semblait lui tenir fort à coeur: c’était de retrouver aux environs d’Havay un disparu. Un homme auquel on s’intéressait beaucoup. Les renseignements étaient plutôt vagues.

           Quatre Frères munis d’une civière [...] s’en vont donc dans la nuit déjà venue à la recherche souhaitée.  Ils parcourent en tous sens, à travers crêtes et ravins toute la campagne à l’ouest du village, jusqu’aux abords d’Havay et de Villers Sire Nicole, subitement éclairés par les rayons inquiétants des projecteurs électriques de Maubeuge... et ce qui rend les recherches périlleuses, c’est le voisinage des troupes françaises et allemandes, à peu de distance les unes des autres. Après trois heures de recherches vaines, les Frères rentraient à l’ambulance .

           Ce n’est que plus tard que les Frères apprirent que l’homme recherché... était un prince de Saxe, tué un peu plus loin, entre Bois-Bourdon, Havay et Quévy-le-Grand.  Sa tragique aventure [...] reste un épisode intéressant de l’histoire de la guerre en 1914.

 

3. La mort du « neveu » de Guillaume II galvanise les assiégés

           Faute d’informations précises, il ne nous restait, pour orienter nos recherches, qu’à consulter les ouvrages consacrés au siège de Maubeuge et aux incidents qui remaillèrent. Effectivement, l’épisode est rapporté avec quelques détails dans plusieurs d’entre eux.

           Le « Journal d’un Bourgeois de Maubeuge » de Georges Dubut, qui raconte ce que fut la vie quotidienne à Maubeuge pendant la guerre 14-18, résume bien l’incident. A la date du 26 août, l’auteur note: « Le bataillon du 145e et les chasseurs à cheval (de la garnison de Maubeuge) poussèrent une pointe jusqu’à Bonnet (Havay). Ils aperçurent à 300 m environ, à gauche de la route, un groupe de dragons allemands sur lequel tirèrent les fantassins d’avant-garde. Deux cavaliers tombèrent, furent faits prisonniers et ramenés à l’hôpital temporaire du Faubourg de Mons. On apprit alors par l’un d’eux, sous-officier parlant assez bien le français que son compagnon, mortellement atteint d’une balle à la nuque, était le prince de  Saxe Meiningen.  neveu  de  l’empereur Guillaume »...

           Et  plus loin, pour le 27 août, il écrit: « Le prince de Saxe Meiningen est mort à l’hôpital où il avait été transporté pour être opéré. On doit l’enterrer demain avec les honneurs dus à un officier ». La nouvelle de la mort du prince, « neveu » de l’empereur, fit rapidement le tour de la ville et constitua pour les troupes de la garnison un stimulant: cela leur donna du courage, mais les

Avertissement: L'article doit être lu comme une suite de procès-verbaux d'enquêtes policières.  Les informations collectées (des chapitres II à XI) sont livrées dans l'ordre chronologique dans lequel elles ont été exhumées des rayons de bibliothèques et d'archives.  Dans un souci d'authenticité, nous n'avons ni synthétisé ni reconstruit le récit. Notre premier contact avec  le  "neveu" de l'empereur Guillaume II date de 1982; l'entretien avec un des  derniers  témoins  indirects  de  l'incident,  Remy DURIAU, de Quévy-le-Grand, date du 19 mars 199l...

AMBULANCE

 

Dans les services de santé qui accompagnent les armées en campagne, on trouve trois échelons:

1)Le poste de secours établi à l’arrière du champ de bataille d’où les blessés sont évacués vers:

2)L’ambulance: celle-ci est établie dans un endroit facile d’accès, abrité. Les médecins n’y pratiquent que les opérations urgentes permettant le transport des blessés vers:

3)L’hôpital de campagne